Mobiliser les jeunes des Premières Nations, Inuits et Métis

Au Canada, le taux de suicide chez les jeunes Autochtones est environ de cinq à sept fois supérieur à celui des jeunes non autochtones.1 Plus d’un tiers des décès enregistrés chez les jeunes faisant partie des PNIM est attribuable au suicide.2 Bien que ces taux globaux soient élevés, ils varient selon la province, la région et la communauté.

Il est important d’établir des partenariats efficaces avec les communautés des PNIM lorsqu’il est question d’étudier et de comprendre le suicide chez les jeunes dans votre région. 

Comme point de départ pour établir des partenariats respectueux et inclusifs, il faut être conscient des raisons pour lesquelles les communautés des PNIM n’ont pas toujours pu participer à cette conversation. Il est nécessaire d’aborder les obstacles qu’elles ont rencontrés (par exemple, les structures imposées par le gouvernement sur les peuples des PNIM et la peur qui a résulté de leur traitement historique par le gouvernement). 

 

Points à prendre en compte pour vous aider à établir des partenariats efficaces avec les communautés des PNIM :3

Les approches communautaires de prévention du suicide chez les jeunes doivent reconnaître la complexité du problème et miser sur les compétences, les connaissances et les talents d’un large éventail de partenaires communautaires, de disciplines professionnelles, d’organismes et de ministères. Cela augmente les chances de succès4 . En outre, chaque partenaire doit être conscient de la valeur de sa participation afin de pouvoir contribuer de manière importante aux efforts, à leur promotion et au partage du travail.

Il est particulièrement important de reconnaître les partenaires des PNIM. Chaque communauté des PNIM a une identité culturelle distincte qui apporte une perspective et des connaissances uniques à la conversation. L’engagement communautaire devient alors un facteur de protection puisque les membres de la communauté font partie de la solution.

Il est important de se renseigner sur l’histoire du Canada et sur le traitement réservé aux communautés des PNIM. À partir des années 1860, et sur plusieurs générations, les enfants et les jeunes des PNIM ont été arrachés à leur famille, séparés de leur patrimoine culturel et envoyés dans des pensionnats indiens. Ces écoles étaient destinées à les assimiler à la culture canadienne dominante. Ces enfants n’ont plus eu aucun contact avec leur famille pendant des mois, voire des années, et beaucoup d’entre eux ont été maltraités. Leurs pratiques culturelles et leurs langues ont été perdues, leurs structures familiales ont été détruites et leurs réseaux de soutien anéantis. Le traumatisme infligé par ces événements s’est transmis de génération en génération et il continue à se faire sentir aujourd’hui. Il a entraîné des taux plus élevés de suicide, de problèmes de santé mentale et de toxicomanie au sein des communautés des PNIM, ainsi que des disparités importantes en matière de santé par rapport aux Canadiens non autochtones. Malgré cet historique, les communautés des PNIM conservent beaucoup de force – par exemple, le lien qu’elles ont avec leur culture, la façon dont elles la préservent et la naissance de mouvements des droits des Autochtones.

L’un des prédicteurs les plus forts de la réduction du suicide chez les jeunes des PNIM est la continuité culturelle ou les efforts communautaires en vue de préserver l’héritage culturel5. La culture doit être centrale et orienter tous les niveaux et les aspects du système, depuis la prestation des services jusqu’aux programmes à l’échelle du système et à l’élaboration des politiques. Lorsque la culture est considérée comme étant fondamentale, les activités de prévention peuvent être menées de manière culturellement pertinente et sécuritaire. En d’autres termes, la culture aide à élaborer des stratégies qui sont plus pertinentes pour les contextes communautaires locaux (y compris les croyances culturelles, les traditions et la langue). En conséquence, l’importance de l’identité et de la propriété communautaires est reconnue et le développement communautaire est favorisé.

Développer une meilleure compréhension de la culture est essentiel. Cet effort déterminera au bout du compte la capacité de votre coalition à travailler et à collaborer avec les dirigeants, les jeunes et les membres de la communauté des PNIM. Tous les partenaires doivent être culturellement compétents et en apprendre davantage sur la culture de la communauté particulière avec laquelle ils forment un partenariat.

Les connaissances et les données probantes culturelles doivent être reconnues au même titre que les données scientifiques occidentales – faute de quoi, une partie importante de l’histoire est ignorée. Historiquement, la force inhérente à la culture (les connaissances et les pratiques) n’a pas été bien reconnue dans la documentation fondée sur des données probantes, qui est dominée par le savoir occidental et qui met l’accent sur les déficits et les problèmes, plutôt que sur les forces. L’intégration des connaissances et des pratiques culturelles en tant que fondements de l’initiative de votre coalition prend du temps. Mais il faut s’y attendre lorsque deux visions du monde s’unissent, tout particulièrement pour les personnes qui n’ont pas eu l’occasion de comprendre les différences, les similitudes et les manières de partager l’espace commun à des fins collaboratives.

Comment abordez-vous des communautés ou des individus des PNIM? Qui abordez-vous et comment (p. ex. quels sont les protocoles pour communiquer avec les Aînés)? Selon la communauté ciblée et les objectifs de votre coalition, il existe différentes approches de prise de contact. Informez-vous.

 

Ressources additionnelles

Aboriginal youth suicide prevention: A post-colonial community-based approach est un article de revue qui explore le sujet du suicide chez les jeunes sous l’angle d’une crise communautaire causée par la colonisation. L’article considère les conséquences du phénomène chez les jeunes Autochtones.

Assessment and Planning Tool Kit for Suicide Prevention in First Nations Communities est une trousse d’outils créée par l’Organisation nationale de la santé autochtone pour aider les parties prenantes à planifier des stratégies de prévention du suicide dans les communautés des Première Nations.

A systematic review of suicide prevention interventions targeting indigenous peoples in Australia, United States, Canada and New Zealand est un article qui explore les initiatives de prévention du suicide ciblant les indigènes d’Australie, des États-Unis, du Canada et de la Nouvelle-Zélande.

Le Centre for Suicide Prevention comprend des documents sur les communautés autochtones, incluant :

Le Cadre du continuum du mieux-être mental des Premières Nations, élaboré par Santé Canada en partenariat avec l’Assemblée des Premières Nations, présente une vision commune pour l’avenir des programmes et des services de santé mentale des Premières Nations, et propose des mesures concrètes vers la réalisation de cette vision.

Preventing Suicide in Children and Youth est une publication du Children’s Health Policy Centre à l’université Simon Fraser. La publication pose un regard sur la continuité culturelle et l’importance de préserver et de promouvoir l’héritage culturel en tant que moyens de prévenir le suicide chez les jeunes Autochtones.

Rebuilding our community: hearing silenced voices on Aboriginal youth suicide est le fruit du travail de trois chercheurs qui ont tenu des groupes de discussion avec des membres adultes d’une communauté des Premières nations pour traiter du problème du suicide chez les jeunes sur leur réserve. Les résultats sont publiés dans le document. Vous pouvez également écouter le fichier balado connexe (en anglais).

Suicide chez les Autochtones au Canada est le fruit d’un projet de recherche financé par la Fondation autochtone de guérison. Le rapport de recherche traite de sujets divers sur le suicide (par ex : l’épidémiologie et les origines du suicide) chez les jeunes Autochtones du Canada.

Le rapport Suicide prevention and mental health promotion in First Nations and Inuit Communities, rédigé par l’équipe de recherche en santé mentale des Autochtones de l’Unité de recherche sur la culture et la santé mentale de l’Institut de psychiatrie familiale et communautaire, fournit un contexte et un plan d’action pour la prévention du suicide et la promotion de la santé mentale au sein des communautés des Premières Nations et inuites du Québec.

  • 1. Ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse, 2010
  • 2. Kirmayer L. J., Brass G. M., Holton T., Paul K., Simpson C. et Tait C. (2007). Suicide chez les Autochtones au Canada. Ottawa, Ontario : Fondation autochtone de guérison.
  • 3. Santé Canada (2012). Cadre du continuum du mieux-être mental des Premières Nations. Téléchargé à l’adresse : http://www.hc-sc.gc.ca/fniah-spnia/alt_formats/pdf/pubs/promotion/mental/2014-sum-rpt-continuum/2014-sum-rpt-continuum-fra.pdf
  • 4. White J. et Jodoin N. (2003). A Manual of Promising Suicide Prevention Strategies. Centre for Suicide Prevenion.
  • 5. Schwartz C., Waddell C., Barican J., Garland O., Nightingale L., et Gray-Grant D. (2009). Preventing suicide in children and youth. Children’s Mental Health Research Quarterly, 3, 1–24.