Mobiliser les jeunes LGBTQ

Les statistiques démontrent que les jeunes lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, bispirituels et allosexuels (LGBTQ) sont de deux à trois fois plus susceptibles de se suicider que leurs pairs cisgenres et hétérosexuels1 et les chiffres sont encore plus élevés chez les jeunes trans2. Les communautés LGBTQ ont un long passé de victimisation puisqu’ils n’étaient pas conformes aux paradigmes de genre et d’orientation sexuelle socialement acceptés. Bien que des progrès considérables ont été réalisés au fil des ans, les jeunes LGBTQ continuent de subir des formes d’oppression à la fois subtiles et ouvertes qui augmentent leurs difficultés en ce qui a trait à la santé mentale et au suicide. La violence et la discrimination (p. ex. le harcèlement homophobe et transphobe) et le rejet de la famille sont parmi les principaux facteurs de risques pour les problèmes de santé mentale et de suicide chez les jeunes LGBTQ3Pompili, M., Lester, D., Forte, A., Seretti, M. E., Erbuto, D., Lamis, D. A., ... & Girardi, P. (2014). Bisexuality and suicide: a systematic review of the current literature. The journal of sexual medicine, 11(8), 1903-19134

Malgré cela, de nombreux jeunes LGBTQ sont résilients. La promotion du bien-être des jeunes LGBTQ devant l’adversité commence par le renforcement des facteurs de protection dans leurs environnements. Quelques facteurs de protection clés incluent56

  • l’acceptation et soutien de la famille à l’égard de l’orientation sexuelle et de l’identité sexuelle;
  • le développement d’une identité positive;
  • l’engagement au sein de groupes de pairs dont l’influence est positive ainsi que dans la communauté LGBTQ (p.ex., le travail de défense des droits).

En tant que coalition communautaire, vous pouvez créer des débouchés pour cultiver l’enrichissement personnel, l’identité positive et les liens significatifs entre pairs chez les jeunes LGBTQ au sein de votre communauté – tout cela dans le but d’aider à prévenir le suicide et à promouvoir la vie. Pour atteindre cet objectif, vous aurez besoin des connaissances des jeunes LGBTQ eux-mêmes (p. ex. les défenseurs de la communauté LGBTQ) pour faire en sorte que vos efforts mènent à des changements significatifs pour les jeunes LGBTQ dans votre communauté.

Comment pouvez-vous mobiliser les jeunes LGBTQ?

Les jeunes LGBTQ ont besoin de faire partie des conversations au sujet de la prévention du suicide et de la promotion de la vie. Pour réussir à mobiliser les jeunes LGBTQ, il est important de prendre conscience des formes d’oppression historiques et actuelles qui ont marginalisé leurs communautés et continuent de le faire, ainsi que d’élaborer des pratiques respectueuses, inclusives et anti-oppressives dans le but de valoriser ces jeunes et leurs expériences de vie. Des efforts simples, mais intentionnels, visant à adopter des attitudes, un langage et une infrastructure inclusifs au sein de votre coalition peuvent jouer un grand rôle à cet égard. Prenez en considération les conseils suivants pour créer un espace plus sécurisant, dans lequel les jeunes LGBTQ se sentiront à l’aise de partager leurs connaissances et leurs points de vue en ce qui a trait aux initiatives de votre communauté :

 

Afin de faire de votre coalition un lieu sécurisant et inclusif pour les jeunes LGBTQ, vous devez faire l’effort d’adhérer aux principes de la pratique anti-oppressive. C’est l’une des premières choses qui permettra aux jeunes LGBTQ de se sentir libres d’être eux-mêmes, sans avoir à se préoccuper d’être exposés à des pratiques ou à des attitudes cisnormatives ou hétéronormatives. Il n’est pas suffisant d’être ouverts d’esprit à l’égard de la communauté LGBTQ – la pratique anti-oppressive débute lorsque vous amorcez une réflexion sur vous-même et sur votre position de pouvoir et de privilège (dans ce cas-ci, en ce qui concerne l’identité sexuelle et l’orientation sexuelle), surmontez vos propres préjugés et présomptions, et veillez à la valorisation des jeunes LGBTQ en tant que partenaires à part entière dans le travail de votre coalition. Offrir une formation anti-oppression aux membres de votre coalition pourrait constituer un bon point de départ.

Ressources utiles. Soit en tant que groupe ou de manière individuelle, vous pouvez apprendre les principes fondamentaux de la pratique anti-oppressive dans cette publication intitulée Recherche d’équité : pratique anti-oppressive dans le domaine de la santé mentale des enfants et des adolescents. De plus, vous pouvez parcourir le site Internet itspronouncedmetrosexual.com (en anglais seulement) pour consulter du contenu qui suscite la réflexion (p. ex. des exemples de privilèges accordés aux cisgenres et aux hétérosexuels) et vous aider à approfondir votre compréhension de la pratique anti-oppressive auprès des jeunes LGBTQ.

Avec l’émancipation de la communauté LGBTQ, le langage que nous utilisons pour discuter des enjeux propres aux LGBTQ a évolué au fil des années – et il continue de changer. Même s’il paraît peut-être difficile de se maintenir à jour sur ces changements, il est important d’utiliser une terminologie actuelle et respectueuse, qui fait écho aux jeunes LGBTQ. Par exemple, le langage cisnormatif ou hétéronormatif (p. ex. poser une question concernant « la petite amie ou le petit ami » de quelqu’un sans connaître l’orientation sexuelle d’une personne), en l’occurrence, peut être nocif et empêcher l’établissement d’un lien de confiance entre les jeunes LGBTQ et les membres de votre coalition.

Ressources utiles. Pour prendre conscience des termes à éviter et leurs alternatives, veuillez parcourir cette ressources intitulée ally’s guide to terminology (en anglais seulement) élaborée par le Movement Advancement Project for LGBTQ (Projet d’avancement du mouvement pour les personnes LGBTQ), et cette liste de termes LGBTQ (en anglais seulement) exhaustive (mais en constante évolution) tirée du site itspronouncedmetrosexual.com pour les définitions des concepts.

Ne présumez pas connaître le genre d’une personne. Au début de vos activités de mobilisation, il est important de demander aux jeunes quels sont leurs pronoms (p. ex. il/lui/son, elle/sa, ille/ele). C’est l’une des principales façons dont vous pouvez faire preuve de respect à l’égard des jeunes trans (ou les jeunes non-conformes dans le genre), puisque cela démontre que vous les acceptez pour qui ils sont. Utiliser tout autre pronom pour parler à ou de ces jeunes constituerait une fausse représentation de leur identité de genre.

Ressource utile. Consultez cette page Web concernant les pronoms de genres (en anglais seulement) issue du LGBT Resource Center (Centre de ressources LGBT) pour des conseils et des questions fréquemment posées au sujet des pronoms.

Il est très important de prendre en considération l’utilisation d’un langage inclusif – particulièrement soucieux de la parité des genres – au moment d’élaborer la documentation et les autres communications au nom de votre coalition. Par exemple, avez-vous distribué des formulaires, des lettres, des courriels qui incluent des titres ou des préfixes exclusifs des genres (p. ex. M. ou Mme), des pronoms exclusifs des genres (p. ex. lui/elle), des questions d’identification du genre ou du sexe de la personne, ou des noms de naissance ou de dénomination juridique que le jeune n’utilise plus (p. ex. suite à une transition de genre)? Le cas échéant, songez à la façon dont ces communications peuvent être révisées pour les rendre plus inclusives.

Ressource utile. Le site Internet itspronouncedmetrosexual.com offre des conseils concernant « la façon de rendre plus inclusive une question relative au genre dans un formulaire de demande » (en anglais seulement).

Il peut être très frustrant d’être forcé de choisir entre une salle de toilette publique pour hommes ou femmes si on ne s’identifie pas à l’un ou l’autre des sexes, ou si on entreprend une transition de genre. Les jeunes trans peuvent aussi faire l’objet de discrimination s’ils entrent dans ce que d’autres pourraient considérer comme la « mauvaise » salle de toilette. Il est important d’assurer l’accès à une salle de toilette unisexe (c’est-à-dire, une salle individuelle ne portant pas d’enseigne homme ou femme) sur les lieux de votre rencontre ou événement. Il s’agit à la fois d’une marque de respect et d’une façon de faire en sorte que tous les jeunes se sentent en sécurité et à l’aise.

Vous pouvez démontrer vos compétences en matière d’inclusivité LGBTQ en présentant du matériel inclusif des LGBTQ, tels que des collants safe space, des pamphlets, des affiches, etc. C’est une façon de démontrer ouvertement votre inclusivité et le respect que vous témoignez à l’égard de la communauté LGBTQ.

Mise en garde. Assurez-vous que ce matériel reflète véritablement les principes auxquels vous adhérez en tant que coalition et qu’il n’est pas utilisé de manière superficielle ou purement symbolique. Il n’y a probablement rien de plus décourageant pour les jeunes que de pénétrer dans un espace promu comme étant inclusif pour finalement découvrir qu’ils seront soumis aux mêmes pratiques cisnormatives ou hétéronormatives dont ils feraient l’objet ailleurs.

 

Ressources additionnelles

 

The Canadian Centre for Gender and Sexual Diversity is a national youth-led diversity initiative working to eliminate bullying, homophobia, transphobia, and other forms of discrimination in schools and youth communities.

Creating authentic spaces: A gender identity and gender expression toolkit to support the implementation of institutional and social change est une boîte à outils créée par « The 519 » pour équiper les organismes en vue de répondre aux besoins des gens qui s’identifient comme étant trans et non conformes dans le genre.

Egale Canada Human Rights Trust est un chef de file en matière de prévention et met des ressources à la disposition de la communauté des LGBTQ du Canada. Leur Report on Outcomes and Recommendations renferme les 20 recommandations tirées du premier sommet canadien sur la prévention du suicide chez les jeunes rattachés aux LGBTQ.

Gay & Suicidal: Sexual and Gender Minorities and Suicide est une trousse à outils pour la prévention du suicide à l’intention des jeunes LGBTQ créée par the Centre for Suicide Prevention.

Jer’s Vision est une initiative canadienne dirigée par des jeunes qui revendiquent la diversité. Elle vise à lutter contre l’intimidation, l’homophobie, la transphobie et d’autres types de discrimination dans les écoles et les communautés.

RHO Fact Sheet: LGBT Youth Suicide est une fiche de renseignements créée par Rainbow Health Ontario sur le suicide chez les jeunes LGBTQ. Le Gender Independent Working Group de Santé arc-en-ciel Ontario assure un leadership essentiel dans le soutien des fournisseurs de services sociaux et de santé afin qu’ils répondent aux besoins des jeunes non conformistes de genre. En témoigne l’élaboration de feuillets de renseignements et de brochures, comme le résumé scientifique pour appuyer les enfants non conformistes de genre et leur famille.

La Positive Spaces Initiative du Council of Agencies Serving Immigrants est un exemple d’initiative provinciale visant à favoriser l’inclusion des LGBTQ dans le secteur de l’établissement des immigrants en Ontario. 

  • 1. Suicide Prevention Resource Center. (2008). Suicide risk and prevention for lesbian, gay, bisexual, and transgender youth. Newton, MA: Education Development Center, Inc
  • 2. Scanlon, K., Travers, R., Coleman, T., Bauer, G., & Boyce, M. (2010). Ontario’s Trans Communities and Suicide: Transphobia Is Bad for Our Health. Trans PULSE E-Bulletin, 1. Retrieved from: http://transpulseproject.ca/wp-content/uploads/2010/11/E2English.pdf
  • 3. Dyck, D. R. (2012). Report on outcomes and recommendations: LGBTQ youth suicide prevention summit 2012. Egale Canada Human Rights Trust. Retrieved from: https://egale.ca/wp-content/uploads/2013/02/YSPS-Report-online.pdf
  • 4. D'Augelli, A. R., Grossman, A. H., Salter, N. P., Vasey, J. J., Starks, M. T., & Sinclair, K. O. (2005). Predicting the suicide attempts of lesbian, gay, and bisexual youth. Suicide and Life-Threatening Behavior, 35(6), 646-660
  • 5. Higa, D., Hoppe, M. J., Lindhorst, T., Mincer, S., Beadnell, B., Morrison, D. M., ... & Mountz, S. (2012). Negative and positive factors associated with the well-being of lesbian, gay, bisexual, transgender, queer, and questioning (LGBTQ) youth. Youth & society
  • 6. Padilla, Y. C., Crisp, C., & Rew, D. L. (2010). Parental acceptance and illegal drug use among gay, lesbian, and bisexual adolescents: Results from a national survey. Social Work, 55(3), 265-275