Pratiques exemplaires en matière de postvention

Rappel : Les données probantes liées à la prévention du suicide, à la gestion du risque et à la postvention sont limitées. Les travaux de recherche portant sur l’efficacité des programmes de postvention sont rares et les résultats des études sont mitigés à ce jour.  Il existe des preuves selon lesquelles certaines stratégies de postvention, notamment les programmes scolaires, peuvent être nuisibles.1 Il est important de comprendre les données probantes du programme ou de la stratégie que vous mettez en œuvre, de manière à pouvoir évaluer votre travail et de partager les leçons que vous avez retenues.

Quelles sont les méthodes efficaces en postvention? Nous savons qu’une approche qui englobe toute la communauté est importante et que tous les partenaires communautaires ont un rôle à jouer. Nous savons que les protocoles de postvention peuvent décrire les rôles et responsabilités de vos partenaires communautaires et des mesures adoptées pour faire face à un cas de décès par suicide. Nous savons aussi que les interventions faisant suite à un suicide doivent être fondées sur les quatre principes suivants : Soutenir, apprendre, conseiller, éduquer.2

Une approche communautaire globale est importante pour les stratégies de postvention — après un suicide, tous les partenaires communautaires concernés doivent collaborer.

Ces lignes directrices en matière de postvention ont été adaptées de celles élaborées par The Riverside Trauma Center Postvention Guidelines (Centre de traumatologie Riverside)

  • Aucune information ne devrait être divulguée avant que les circonstances du décès ne soient confirmées par les autorités compétentes.
  • Il est possible que les familles ne veuillent pas divulguer la cause du décès. Elles pourraient avoir besoin d’aide pour analyser les avantages et les inconvénients de faire connaître ce qui a causé le décès.
  • Mobilisez une équipe d’intervention en cas de crise composée de partenaires locaux et de personnes proches de la famille et du jeune. Cette équipe d’intervention doit essayer de se rassembler une première fois dans les heures suivant le décès.
  • Certaines organisations (écoles ou lieux de travail) pourraient être portées à gérer la crise avec leurs propres ressources, mais des partenaires extérieurs peuvent les aider à soutenir les jeunes qui vivent une perte. Les ressources extérieures veilleront également à ce que les personnes chargées directement de la postvention reçoivent elles aussi du soutien.

Conseils :

  • Élaborez une stratégie au sein de votre communauté pour expliquer ce qu’il faut faire, quand intervenir et le rôle de chaque partenaire. Assurez-vous d’étayer votre stratégie avec des données probantes de manière pouvoir à tirer les enseignements découlant de l’expérience d’autres personnes. Pour obtenir de l’information sur la façon d’élaborer une stratégie de postvention, consultez la section politiques et protocoles de cette trousse d’outils.
  • Faites en sorte d’évaluer ce que vous faites pour tirer parti de vos connaissances. Pour en savoir plus, consultez la section évaluation de cette trousse d’outils.
  • Travaillez ensemble. Cela est un signe de solidarité communautaire et peut atténuer la frustration que ressentent ceux qui essaient d’apporter leur aide. Pour en savoir plus, consultez la section Réunissez-vous de cette trousse d’outils.
  • Le moyen le plus efficace de donner des détails est de distribuer une déclaration écrite.
  • La déclaration devrait comprendre des renseignements factuels sur le décès (confirmation qu’il s’agit d’un suicide), des condoléances adressées à la famille, des plans d’aide, des renseignements sur les funérailles et des modifications à l’horaire de travail ou scolaire au cours des jours à venir.

Conseils :

  • Ne lisez pas la déclaration en utilisant un système de sonorisation.Ayez plutôt une conversation en petits groupes (p. ex. salle de classe, réunions d’équipe, etc.). Vous pourrez ainsi mieux évaluer les réactions.
  • Communiquez la même information à tout le monde pour éviter les rumeurs. 
  • De nombreuses personnes pourraient être affectées par le décès du jeune, notamment la famille, les amis proches, les membres d’une équipe/d’un club, les collègues, les voisins, un ou une petite amie, le personnel scolaire et les employés d’un organisme qui était en relation étroite avec la personne décédée. Ces personnes affectées doivent être soutenues.
  • Ce sont les amis et la famille du défunt qui éprouveront les sentiments de perte les plus aigus et qui nécessiteront un soutien continuel. Ces personnes doivent être au centre de vos efforts de postvention.
  • L’accent doit être mis sur le deuil. Cela va au-delà du soutien apporté immédiatement après le décès. Prévoyez de prendre soin des individus vulnérables à l’occasion des moments sensibles de la vie (p. ex. date de fête ou d’anniversaire). 

Conseils :

  • Bien des gens auront du mal à comprendre « pourquoi » cela est arrivé. Vous aurez alors l’occasion de leur expliquer que le suicide n’est jamais attribuable à un seul facteur, mais plutôt à une convergence de facteurs.
  • On devrait encourager les personnes affectées à obtenir de l’aide auprès des services communautaires de santé mentale ou des groupes de soutien.
  • Les personnes considérées comme étant « à risque » auront besoin que quelqu’un qui les connait bien les surveille ainsi que leur famille.
  • Après un suicide, il est important d’identifier si les amis proches ou d’autres personnes présentent un risque de suicide ou d’autres comportements à risque. Parmi les personnes à risque, citons les personnes qui :
    • ont des antécédents de comportement suicidaire;
    • souffrent de dépression;
    • ont connu une perte tragique ou un suicide dans leur famille;
    • ont des affinités avec la personne décédée (peu importe s’ils entretenaient ou non une relation étroite avec elle);
    • pourraient se sentir responsable d’avoir contribué au suicide ou qui pensent avoir pu empêcher la personne de se suicider.

Conseil :

  • Les personnes considérées comme étant « à risque » n’auront peut-être pas besoin d’une évaluation ou d’un renvoi immédiat, mais vous devriez les inciter à demander de l’aide et leur indiquer les personnes les mieux en mesure de les aider.
  • Les activités de commémoration devraient être les mêmes pour tout décès, quelle qu’en soit la cause. Insistez sur les qualités personnelles dont on veut se souvenir, plutôt que sur la cause du décès. Il n’est pas idéal d’organiser des événements communautaires pendant les jours d’école ou de travail si l’on veut faire participer toutes les personnes concernées. Par contre, il est préférable d’organiser des activités de commémoration volontaires ainsi que les funérailles après les heures d’école et de travail.
  • Faciliter un processus de deuil sain est une forme nécessaire de prévention (p. ex. commémorez les personnes décédées par suicide en encourageant et en soutenant les activités de prévention du suicide organisées par des organismes locaux ou nationaux, en faisant des collectes de fonds pour des bourses d’études ou en aidant activement les survivants d’un suicide).
  • Elle aide les personnes à comprendre le processus de deuil et les informe sur les signes et symptômes de la dépression, le TSPT et le suicide.
  • Il est important de faire appel à un programme d’études éclairé par des données probantes.

Conseil :

  • Pour les jeunes personnes qui perdent un proche pour la première fois, il peut être réconfortant de savoir que leurs réactions sont normales.
  • Ne paniquez pas.
  • Au besoin, demandez l’aide d’experts.
  • Travaillez de manière coordonnée avec les membres de la communauté pour créer ou mettre en œuvre un plan de prévention et pour vous assurer que des protocoles sont en place de manière à faire face aux comportements suicidaires qui pourraient se manifester à l’avenir.

Conseil :

  • Les membres de la communauté devraient envisager de créer un comité de coordination communautaire. Ce comité devrait :
    • être composé du personnel d’école, de représentants de la sécurité publique, de leaders communautaires, d’organismes locaux de santé mentale, des médias locaux, de membres du clergé et de représentants d’une coalition régionale pour la prévention du suicide.
    • travailler en collaboration avec la communauté pour prévenir le suicide à l’échelle communautaire en élaborant des plans et protocoles pour faire face aux suicides ainsi qu’aux comportements suicidaires qui pourraient se produire ultérieurement et pour entamer un plan de prévention au sein de la communauté (au besoin).
  • Mettez en lien les personnes et les groupes avec des ressources pour obtenir de l’aide continue au besoin.
  • N’oubliez pas d’inclure les coordonnées des services d’urgence.

Conseil :

  • Pensez à des ressources non traditionnelles. Tenez compte des ressources ayant trait aux besoins essentiels, à la toxicomanie, à l’hygiène sexuelle, sans oublier les ressources offertes en cas de crise.
  • Sollicitez les commentaires de toutes les personnes chargées des services de postvention, y compris les jeunes.
  • N’oubliez pas d’évaluer tout ce que vous faites! Cela peut vous aider à améliorer vos stratégies au cas où la postvention serait nécessaire ultérieurement.

 

  • 1. Teen Mental Health, 2010
  • 2. Chehil & Kutcher 2012